La Manufacture de Herend, en Hongrie, est l’une des grandes maisons européennes de porcelaine de luxe encore entièrement peinte à la main, avec une histoire mêlant aristocratie, expositions universelles et savoir-faire virtuose.
La Manufacture de Herend naît en 1826, dans un petit village hongrois au pied des collines de Bakony. À l’origine, Vince Stingl y fabrique une faïence modeste, mais rêve déjà de porcelaine dure, cette matière capricieuse qui exige pureté, feu et science. Ruiné avant d’y parvenir, il cède l’atelier en 1839 à Mór Fischer, un homme visionnaire qui va transformer Herend en une maison de prestige international.
Fischer comprend très tôt que la Hongrie peut rivaliser avec les grandes manufactures européennes. Il perfectionne les pâtes, invente des formes, attire des peintres virtuoses. En quelques années, Herend devient un atelier où chaque pièce est modelée, peinte et dorée à la main, dans une discipline presque monastique.
Le tournant arrive avec les Expositions universelles : Londres 1851, Paris 1855, New York 1853. Les vitrines de Herend émerveillent les visiteurs. La reine Victoria tombe sous le charme d’un service aux papillons et aux fleurs — un décor qui portera désormais son nom. Les familles Esterházy, Batthyány, Rothschild commandent des services entiers.
Au fil du XIXᵉ siècle, Herend devient le fournisseur privilégié de la cour des Habsbourg. La manufacture prospère, mais reste fidèle à son principe fondateur : tout doit être fait à la main, même lorsque l’Europe industrielle se mécanise. Cette fidélité à l’artisanat devient sa signature.
Le XXᵉ siècle apporte guerres, nationalisations, reconstructions. Herend survit, protégée par son statut de trésor national. Après la chute du bloc soviétique, elle est privatisée en 1993, mais d’une manière unique : 75 % des parts sont détenues par ses artisans et sa direction, garantissant que la maison reste entre les mains de ceux qui la font vivre.
Aujourd’hui, Herend emploie environ 1 200 artisans, ce qui en fait la plus grande manufacture de porcelaine entièrement peinte à la main au monde. Ses décors — Queen Victoria, Rothschild, Apponyi — sont devenus des mythologies domestiques, des récits miniatures transmis de génération en génération.
Les décors emblématiques de la Manufacture les plus connus sont :
- Queen Victoria — créé après que la reine découvre Herend à l’Exposition de Londres en 1851 ; papillons, fleurs, inspiration extrême-orientale.
- Rothschild — oiseaux et collier perdu, inspiré d’une anecdote familiale.
Chaque décor raconte une histoire, souvent liée à un client prestigieux et sont entièrement peints et dorés à la main.
Décor Rothschild (Bird)
Le décor Rothschild Bird est né d’une anecdote familiale et apparaît dans les années 1850–1860, à une époque où Herend crée des motifs pour les grandes familles européennes. Selon l’histoire rapportée par la famille Rothschild, la baronne Rothschild perdit un jour son collier de perles dans le jardin de sa résidence viennoise. Quelques jours plus tard, le jardinier aperçut deux petits oiseaux jouant avec le collier dans un arbre. Cette scène, à la fois tendre et inattendue, inspira directement le décor : deux oiseaux perchés sur une branche, jouant avec un collier doré.
Séduite par cette interprétation poétique de leur anecdote, la famille Rothschild commanda un service complet à Herend dans les années 1850. En 1861, le motif est officiellement baptisé Rothschild décor (RO) en leur honneur.
Le décor représente un couple d’oiseaux, entouré de papillons, insectes et feuillages. Les oiseaux symbolisent l’amour, la rencontre, la relation, ce qui fait du décor un favori des amoureux de la nature.
Le décor Rothschild Bird est considéré comme l’un des chefs d’œuvre de la peinture sur porcelaine chez Herend. Il fut choisi pour des tables prestigieuses, y compris lors du mariage de Lady Diana, qui utilisa ce motif pour son service de réception.
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